Au Théâtre de la Colline, on atteint les sommets de la résistance des jeunes artistes

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Occupé pendant deux mois et demi, le Théâtre National de la Colline (XXe arrondissement de Paris) a été la vitrine d’une lutte pour la réouverture des lieux cultuels et contre la précarisation du secteur. Hier, la Colline fêtait le premier mois depuis la fin de l’occupation. Retour en arrière, quelques semaines seulement après le début de leur lutte, lorsque les occupants nous ont fait découvrir le théâtre de leur combat pour des droits dont ils espèrent encore pouvoir hériter. Seul lieu d’occupation exclusivement jeune, la Colline a su montrer que jeunesse pouvait rimer avec engagement et responsabilité.

 « Cette occupation, c’est par des jeunes et pour des jeunes ».

Bartholomé, occupant, 20ans

            Occupation du Théâtre national de la Colline, jour trente-quatre. Il est 19 heures, et l’Assemblée générale du 13 avril 2021 est sur le point de commencer. Les quelque vingt-cinq occupants, tous réunis, braquent leur regard vers les ordres du jour. Moyenne d’âge : 20 ans. « Cette occupation, c’est par des jeunes et pour des jeunes ». Élèves en écoles d’art dramatique, étudiants en faculté ou apprentis techniciens, ils se battent ensemble contre la fermeture des lieux culturels et pour une revalorisation des droits étudiants et intermittents. « Ce théâtre, c’est chez nous ». Pour se faire entendre, ils occupent. Ils ont choisi de prendre pour demeure ce théâtre, seul lieu où ils peuvent librement s’exprimer. Dernier rempart face à l’engloutissement de la culture, ces militants ultra-organisés accueillent de nouveaux arrivants chaque jour. C’est ainsi que la Colline lève son rideau et nous laisse côtoyer pour une nuit ses habitants.

Devenir occupant, c’est être testé négatif. A l’intérieur, chaque visage est couvert par un masque. « En un mois d’occupation, avec plus d’une centaine de personnes passée par là, on a eu zéro cas de Covid » explique Barth, 20 ans. Dès notre arrivée, nous sommes frappés par l’organisation si minutieuse de la vie collective. Affichées sur un grand mur blanc, les 21 règles à suivre obligent, entre autres, à ne jamais dégrader le lieu, à toujours respecter son prochain ainsi que les gestes barrières. Avant « l’AG », un rappel des règles de prise de parole semble indispensable : « si tu souhaites prendre la parole, lève ton bras ; approuver une idée ? fais tel geste ; etc. ». Édouard, 22 ans, nous affirme que ces signes de mains sont nécessaires à un débat calme et respectueux. « Au tout début de l’occupation, les assemblées pouvaient durer plus de 8 heures par jour… le tour de parole était très peu respecté ».

Chaque soir, les décisions pour les jours à venir sont prises après un vote à mains levées. Les actions du lendemain, le moindre terme employé dans un e-mail… aucun choix n’est pris individuellement. Cette microsociété autogérée prévoit aussi la gestion commune des tâches ménagères.

Une organisation inflexible autour d’un même objectif : continuer à s’exprimer librement. Car sans l’art, leur seul moyen d’expression s’écroule. Alors ils résistent pour continuer à exister. Le soir, tous se croisent et vaquent à leurs occupations : un saxophoniste s’en va ; un jeu d’impro se termine ; certains dessinent… C’est pour cela qu’ils luttent : rouvrir les lieux culturels, revaloriser les droits des intermittents ainsi que ceux des étudiants en arts… Ils rêvent de poursuivre une carrière artistique, mais ne peuvent que constater que ce milieu « suffoque » et risque de s’écrouler. Ils se sentent « bâillonnés », « gâchés », « mis de côtés »…

« Je suis venue, j’ai vu, j’ai débattu. Je suis venue, j’ai vu, j’ai combattu ».

occupant anonyme de la colline

D’un coup, le brouhaha s’estompe, les matelas surgissent de nulle part et le théâtre se transforme en dortoir. La Colline s’endort pour quelques heures. Au petit matin, c’est cours de yoga, café corsé et odeur de pain brûlé. A 8h30, un groupe part déjà pour sa première action de la journée. La résistance, ça n’attend pas. Une pancarte affichée sur la devanture du théâtre retient une dernière fois notre attention, tant elle résume le climat ambiant de cette occupation : « Je suis venue, j’ai vu, j’ai débattu. Je suis venue, j’ai vu, j’ai combattu ».

Le 29 mai, les occupants quittent la Colline, contraints d’aller combattre ailleurs. Dans leur communiqué du même jour, disponible sur la page Instagram @occupation_la_colline_2021, ils s’expriment sur l’avenir du mouvement : « Tant que nous lutterons, il y aura toujours de l’espoir : une cité sans révolte est une société malade. Notre flamme brûle encore, (…) ce soir nous fêtons la fin d’un premier chapitre et le début de tous les autres. »