Laurence Anyways :l’amour au temps de la transidentité.

Temps de lecture : 2 minutes

   Laurence Anyways ne vous apprendra rien sur la transidentité.  Le film ne propose pas une opinion ou un débat mais une plongée émotionnelle au cœur de l’identité amoureuse, de l’amour lui-même…et de ses limites. 

    Laurence (Melvil Poupaud) est né homme. Il forme avec Fred (Suzanne Clément), sa compagne, un couple heureux, glamour, marginal. Pourtant, à l’aube de ses trente-cinq-ans, Laurence étouffe : il aime passionnément Fred mais il veut être reconnu comme une femme. Très vite, tous les regards se tournent vers eux. Famille, amis, collègues, chacun a son mot à dire pour ou contre la nouvelle identité de Laurence, pour ou contre les décisions de Fred…la caméra de Xavier Dolan filme tous ces regards en face. Qu’ils soient violents, très conservateurs ou faussement progressistes et réellement naïfs, ils sont démasqués. 

  Laurence…devrions nous dire il ou elle ? Depuis quand il est-il elle ?  Ce qui compte réellement pour Laurence, c’est la façon dont elle se voit elle-même et ce que ses proches voient en elle. Ainsi lorsque sa mère ( Nathalie Baye) qui n’en a jamais vraiment été une, dit à Laurence « Je n’ai jamais eu l’impression que tu étais mon fils. Par contre j’ai l’impression que tu es ma fille. », Laurence est émue mais elle ne relève pas lorsque son interlocutrice, journaliste, s’entête à utiliser (par tic ou pas mépris ?) le masculin. 

   La matière de Laurence Anyways est avant tout l’amour, la passion inévitablement sacrifiée sur l’autel de l’identité. Au début, Fred lutte. Elle supporte et elle soutient. Elle ne peut pourtant pas s’opposer à ses désirs. Elle aime Laurence mais elle veut embrasser un homme, coucher avec un homme, vivre avec un homme. Elles se quittent, se retrouvent. Tendrement extravagantes dans un monde où chacun tient à cacher ses bizarreries, elles sont liées.  Elles sont toutes les deux de la même « espèce »; de celleux qui rient trop fort, qui font du monde un théâtre. Théâtre et poésie sublimés par des couleurs vives et une bande-son qui mêle le classique, l’électro et le kitsch des 90’s. Ceux qui cherchent du militantisme ou un regard documentaire seront déçus mais pour les autres, le voyage émotionnel et esthétique vous attend.