Dérèglement climatique : le rapport alarmant des experts du climat de l’ONU

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Dans un projet de rapport publié par l’AFP, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) alerte sur les effets néfastes du réchauffement climatique au-delà de 1,5 °C. Pénuries d’eau, malnutrition, maladies, extinction d’espèces sont autant de menaces vitales pour les générations présentes que futures. A quelques mois de la COP26 (Glasgow, Ecosse), les experts du climat tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. 

Si le sixième rapport du GIEC ne sera rendu officiel qu’en février 2022, il énumère les impacts irréversibles qu’aura le réchauffement climatique sur l’humanité et la nature bien avant 2050. Mais qu’est ce que le GIEC, quel est son rôle et qu’annonce-t-il ? 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été créé par l’ONU en 1988, à la demande du G7 par l’Organisation Météorologique Mondiale et le Programme pour l’Environnement des Nations Unies. Il s’agit d’une association de différentes nations. La principale activité du GIEC est la production de rapports, publiés tous les cinq à sept ans, issus d’une collecte d’informations scientifiques et techniques disponibles dans le monde entier. Ces informations sont synthétisées à partir des recherches ou études effectuées par des scientifiques, des experts ou des organismes, et publiées dans des revues scientifiques. Sa mission est d’étudier les causes et les impacts du réchauffement climatique sur l’humanité et la nature, de façon objective et méthodique. Les publications du GIEC présentent une synthèse des connaissances scientifiques sur le climat, en comprenant à la fois les points qui font consensus, mais aussi ceux qui font encore débat entre experts.  

Il ne faut pas oublier que ce sont ses États membres qui assurent collectivement la gouvernance du GIEC et acceptent ses rapports durant des réunions plénières annuelles ou bisannuelles. L’assemblée générale du GIEC a toujours approuvé à l’unanimité les rapports d’évaluation publiés. De par leur fiabilité, tous les rapports présentés par le GIEC ont donc été validés par les 195 Etats membres.

Des rapports au cœur des négociation internationales sur le climat

Cette production scientifique est au cœur des négociations internationales sur le climat. Les modèles et les prévisions annoncés par le GIEC sont fondamentaux pour alerter les décideurs et la société civile.  Ces expertises sont nécessaires et doivent être entendues. 

Alors que les Canadiens ont frôlé les 50°C la semaine dernière, on se demande si ces records de chaleur n’arrivent pas plus tôt que prévus. Mais pour l’ancien Président du GIEC, le climatologue Jean Jouzel, cela a été anticipé dans les premiers rapports du GIEC : «Les événements les plus intenses que nous vivons actuellement étaient dans le troisième rapport du GIEC, au début des années 2000. Cela nous invite à prendre au sérieux ces mêmes modèles climatiques, envisagés à l’horizon 2050 et au-delà. J’invite tout le monde à accorder de la crédibilité à notre communauté scientifique ». 

Les rapports du GIEC jouent un véritable rôle d’alerte et doivent aider et orienter les pays membres dans leur prise de décisions.  Par exemple, lors des accords de Paris de la COP21 en 2016, « les accords pris ce jour-là étaient à la hauteur des messages scientifiques », selon lui.  Ce nouveau rapport alarmant, qui sera publié officiellement en février 2022, doit à son tour permettre aux dirigeants du monde d’agir lors de leur réunion pour la COP26 en novembre 2021. 

Des dommages irréversibles au-delà de +1,5 °C : « Chaque fraction de degré compte », insiste le GIEC

D’après le GIEC, le réchauffement climatique touchera directement la production alimentaire, entraînant des pénuries et des famines. Selon le rapport, d’ici 2050, entre 8 et 80 millions de personnes supplémentaires seront exposées à la famine et près de 1,4 millions d’enfants en plus souffriront d’un grave retard de croissance en Afrique en raison d’une sous-alimentation. 

Du côté de l’accès à l’eau potable, les experts du climat annoncent des tensions de plus en plus importantes. Les sécheresses à venir et la multiplication des canicules engendreront du stress hybride dans certaines régions du monde.

« A +2 °C, 1,7 milliard de personnes supplémentaires seront exposées à de fortes chaleurs, 420 millions à des chaleurs extrêmes et environ 65 millions à des canicules exceptionnelles tous les cinq ans », préviennent les experts du GIEC.

Catastrophes naturelles, inondations et chaleurs extrêmes obligeront chaque année des millions de personnes à l’exode. Avec une hausse de la température de 1,5°C à 2°C, le rapport estime que 1,7 milliard de personnes de plus seront exposées à de fortes chaleurs. Les populations les plus à risques seront les mégalopoles des pays en développement comme l’Afrique ou l’Asie.

Si le réchauffement climatique entraîne déjà la disparition de certains êtres vivants, cette menace ne sera que plus grande d’ici 2050 : « Même à +1,5 °C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter« , interpelle le GIEC en citant les récifs coralliens, mais aussi les animaux de l’Arctique qui risquent de ne pas s’adapter aux changements rapides.

Face à ces prévisions, les chercheurs appellent à prendre des mesures fortes pour limiter les conséquences pour l’humanité : « Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement”, avertissent les scientifiques. “Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation.”