TAXE ROSE : POURQUOI LES STEREOTYPES NOUS COUTENT CHERS ?

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Quand une petite fille nait, il y a toujours quelqu’un pour fantasmer sur les accessoires roses-bonbon qui pourront éviter les confusions avec un garçon. La taxe rose c’est ça : payer plus cher pour justifier sa féminité ou sa virilité avec des objets mixtes. L’économie capitaliste fonctionne ainsi depuis toujours et davantage depuis le développement de la grande distribution puisque qu’il y a une recherche perpétuelle de diversification des gammes pour attirer les consommateurs. La notion, elle, apparaît en 1990 en Californie sous le nom de « Woman Tax ». Il est assez difficile d’évaluer le surplus qu’appliquent les entreprises qui usent d’un marketing stéréotypé pour vendre un même produit sous des étiquettes différentes.  Bien que cette taxe s’applique aux deux genres en fonction du type de produit, elle touche davantage les femmes qui sont considérées comme de plus grosses consommatrices.

L’exemple le plus célèbre, c’est celui des rasoirs jetables qui à qualité et quantité égale sont plus chers au rayon « beauté » pour femmes. Seule différence : ils sont roses ! Les entreprises jouent sur la douceur pour les femmes et sur virilité exacerbée chez les hommes. Deux arguments contraires pour vendre la même chose. Les entreprises s’appuient sur les stéréotypes de la femme sensible et délicate pour ajouter quelques euros à la note. La peau du visage est plus sensible car plus fine que celle des jambes pour tous. L’argument pourrait donc se présenter dans l’autre sens puisque les hommes se rasent davantage le visage. Certaines justifications de prix sont plus rationnelles mais là encore fondées sur des stéréotypes de genre. Les coiffeurs appliquent leurs tarifs en fonction du genre sous prétexte que plus les cheveux sont longs plus ils exigent de travail. Un argument logique bien, qu’il soit là encore, fondé sur un stéréotype : la femme a toujours les cheveux longs.

Fin 2015, la Direction Générale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a rendu un rapport portant sur les conséquences du marketing différencié en fonction des genres sur les prix des produits et services. Il établit qu’il n’y a pas de phénomène spécifiquement adressé aux femmes mais observe des surcouts dans les articles où le genre, quel qu’il soit, est mis en avant. Le gouvernement fait, ici, une étude des prix imprécise sur une gamme de produits et services restreins (3 services et 3 produits d’hygiène) et ne pose aucune question d’ordre sociologique. Pourquoi sommes-nous attirés par ces produits et quelles sont précisément les différences de prix par catégories de produits ? Des questions auxquelles aucune étude européenne ne répond jusqu’à maintenant car le sujet est encore peu documenté. Ce qui est sûr c’est que l’achat est destiné à garantir les attentes esthétiques pesant sur les groupes de sexe. L’exécutif promet dans sa conclusion de 2015 de prendre des mesures pour irradier ce phénomène. En 1996, la Californie était déjà le premier Etat à avoir légiféré pour interdire cette pratique.

Le Président de l’Union nationale des entreprises de coiffure (UNEC) Christophe Doré confie cependant le 10 juin dernier à France Inter que pour l’heure il est difficile de faire bouger les choses. « Il faut savoir que la réglementation nous oblige à avoir une tarification différenciée et affichée dans nos vitrines, détaille-t-il. Aujourd’hui, nous avons une obligation d’avoir dix tarifs femme, dix tarifs homme, c’est comme ça ». Dans l’absence de mobilisation gouvernementale sur le sujet, de nombreux collectifs s’en sont emparées pour proposer des coupes en fonction de la longueur du cheveu et du travail fourni. C’est notamment le cas de la coopérative @frangeradicale dans le 19e arrondissement de Paris.