Les Jeux Olympiques de Tokyo : comment entretenir la flamme ?

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Une rencontre reportée, une cérémonie d’ouverture à huis clos, un public absent, des sponsors réticents … Autant de facteurs qui semblaient signifier l’annulation ou l’arrêt prématuré des Jeux Olympiques au pays du Soleil Levant. Si l’évènement sportif a bien eu lieu, l’édition 2021 semble sonner le glas des Jeux Olympiques dans leur forme traditionnelle.

Des jeux maintenus : à quel prix ?

Depuis la création de l’olympisme moderne en 1894, les Jeux Olympiques n’ont été annulés qu’à trois reprises, durant les deux Guerres mondiales. Décalés en raison de la pandémie mondiale, les Jeux de Tokyo se sont exceptionnellement tenus pendant une année impaire. Ils gardent cependant le nom  de « Tokyo 2020 ». Emmanuel Macron, seul président d’un pays du G7 à s’être rendu à la capitale nipponne pour le lancement des Jeux, a déclaré le 24 juillet que le Japon « a eu raison de maintenir les Jeux Olympiques car ils reflètent un esprit de coopération, et on en a besoin en ce temps de Covid ».  

En réalité, une annulation était financièrement inconcevable pour les organisateurs japonais. Le budget engagé s’élève à 15,5 milliards d’euros (estimations de  la Said Business School de l’Université d’Oxford), trois fois plus que le montant initialement prévu. Une rupture du contrat conclu entre le Comité International Olympique (CIO) et Tokyo lors de l’attribution des Jeux aurait coûté quant à elle 20 milliards d’euros. Le maintien des ces JO était moins liée à une volonté politique qu’à une question de survie financière. Il s’agit des JO les plus chers de l’histoire, pourtant les gradins sont vides. Or, la vente de billets pour les épreuves (65 euros en moyenne la place) est une manne importante qui représente environ 15 à 20% des recettes.  

La facture risque encore de gonfler. Les sponsors insatisfaits envisagent de demander le remboursement d’une partie de ce qu’ils ont payé. Froissés d’avoir investis ces sommes à fonds perdues avec ces jeux sans touristes et sans spectateur, les dirigeants de Toyota, ou encore Panasonic ont boycotté la cérémonie d’ouverture. Ce geste a aussi pour objectif de conserver du crédit auprès de la population japonaise qui ne soutient pas la tenue des jeux, alors qu’une grande partie du pays est toujours en état d’urgence sanitaire. Le peu d’adhésion de la population locale est loin d’être un frein au maintien des jeux. Il s’agit d’un évènement populaire, certes, mais médiatique avant tout. 

« Tokyo 2020 », l’édition des inédits. 

Parmi les nouveautés cette année, ont été mis en place des relais mixtes et une équipe plurinationale de réfugiés olympiques. Les JO de Tokyo battent des records, notamment celui du nombre de disciplines, 43 au total. On a assisté à la rénovation du programme olympique, avec l’intégration du skateboard, du surf ou encore de l’escalade indoor. De quoi attirer un public plus jeune, qui d’après Vladimir Andreff, président du Conseil scientifique de l’Observatoire de l’économie du sport, a «  déserté [le] téléviseur […]. Les jeunes de moins de 30 ans ne sont pas intéressés par l’altérophilie, la lutte, voire la gymnastique. “ (L’invité(e) des matins d’été sur France Culture, 22/07/2021)

Les JO de Tokyo sont des Jeux du 21e siècle. En témoigne l’assouplissement de la règle 50, qui interdit toute manifestation politique, religieuse ou raciale dans l’espace olympique. Le CIO s’est toujours attelé à empêcher toute velleité politique pendant la rencontre quadriennalle. En 2021, les athlètes sont des jeunes globalisés, politisés, sensibilisés aux récents mouvements #MeToo et #BlackLivesMatter.  Dès l’ouverture des jeux, les footballeuses britanniques et chiliennes ont mis un genou à terre en soutien à la lutte contre le racisme. Le président du CIO actuel, Thomas Bach, a autorisé ce type d’actions à condition qu’elles aient lieu avant le début des épreuves. Loin est l’époque des Jeux de 1968 à México. Deux athlètes noirs, Tommie Smith et John Carlos, avaient été bannis du village olympique pour avoir levé le poing en l’air dans le contexte de la lutte pour les droits civiques qui secouait alors les Etats-Unis.

Face aux évolutions culturelle et politique, et surtout aux contraintes financières, le CIO doit s’adapter.  Ce dernier craint que pour les prochains Jeux, le scénario de 197. Aucune ville au monde ne voulait alors être candidate pour 1984, après le déficit de presque un milliard d’euros laissé par les JO d’été de Montréal. Brisbane a d’ailleurs été la seule ville à candidater pour organiser les Jeux de 2028. Si cet événement sportif international demeure un outil de façonnage du soft power pour le pays hôte, les retombées financières espérées ne sont pas toujours au rendez-vous. Investissements colossaux, peu rentables, désenchantement de la jeunesse et des populations locales, désintérêt des villes, et contexte sanitaire particulier interrogent sur la pertinence et la viabilité du modèle de ces grandes compétitions internationales.